01Une consonne formée dans la gorge
Le ع (ʿayn) est une consonne à part entière. Il se forme dans le pharynx, l’espace situé derrière la langue, au-dessus du larynx : la gorge s’y resserre pendant que la voix continue. On le translittère par un petit demi-anneau en exposant, ʿ.
Le son qu’on met le plus souvent à sa place est ء (hamza), le coup de glotte. C’est la petite coupure nette qui sépare les deux syllabes de « oh-oh ! » quand on vient de faire une bêtise, ou l’attaque sèche d’un « Ah ! » lancé avec force : les cordes vocales se ferment, le son s’interrompt un instant, puis il reprend. L’arabe écrit la hamza ء, souvent portée par une autre lettre, comme dans أ.
La différence se sent : la hamza est une occlusive : le son est coupé. Le ع est continu, on peut le tenir tant qu’on a du souffle. Cette leçon porte sur l’arabe littéraire et suppose que vous savez lire les lettres et les voyelles brèves.
Commence par ع : la gorge est resserrée et la voix présente dès le premier instant.
Commence par une hamza : une attaque nette et brusque, sans rien de resserré. La terminaison diffère aussi ; le contraste à repérer est la première consonne.
02Comment trouver le ع
Dites un long « aaah » détendu. Sans couper la voix, resserrez doucement la gorge tout en bas, comme la voix se serre quand on parle en portant quelque chose de lourd. La voyelle devient serrée, un peu grinçante. Ce son resserré et voisé, c’est ع. Il faut très peu de force : si cela fait mal ou si le son se coupe, relâchez. Ouvrez ensuite sur la voyelle : عَـ.
Si vous savez déjà dire ح, il y a un raccourci. ح et ع se forment au même endroit ; ح est chuchoté, ع est voisé. Tenez un long ح, puis ajoutez la voix.
Vérifiez trois choses. La voix est là : la main posée sur la gorge sent une vibration. Le son ne se coupe jamais : s’il s’arrête puis reprend, vous avez fait une hamza. Et rien ne grasseye : si cela ressemble à un r français, le dos de la langue est monté et vous avez produit غ.
Avec ع. Serrez, puis ouvrez sur le a.
Avec hamza. La même forme de mot, avec une attaque simple et brusque.
03Le ع n’est pas le غ
Le غ (ghayn) se forme plus haut, là où le dos de la langue s’approche du voile du palais et de la luette. C’est un frottement voisé, très proche du r français de « Paris ». C’est le partenaire voisé de خ, de la même façon que ع est le partenaire voisé de ح.
Les francophones ont donc déjà le غ, ou presque ; le piège est de s’en servir pour le ع. Le test, c’est la langue. Pour غ, le dos de la langue monte et le son grasseye. Pour ع, la langue reste basse et le resserrement se fait au fond de la gorge, sans grasseyement.
Avec ع.
Avec غ. Le dos de la langue monte et le son grasseye.
Avec ع.
Avec غ.
Les deux sons en deux mots : غ dans le premier, ع dans le second.
04Pourquoi c’est important : ع ou hamza
Voici des mots courants qui ne diffèrent que par ع face à la hamza. À l’oreille d’un arabophone, ce sont deux mots distincts, pas une question d’accent.
Dites chaque paire lentement, en tenant le ع un instant avant la voyelle et en faisant de la hamza une coupure nette, puis à vitesse normale. S’enregistrer et se réécouter est un contrôle utile quand on travaille seul.
Avec ع.
Avec hamza.
Avec ع au milieu : la voix se resserre entre les deux a, sans s’arrêter.
Avec hamza au milieu : la voix s’arrête un instant entre les deux a.
05Au milieu et à la fin d’un mot
C’est loin du début du mot que le ع se perd le plus facilement : on se contente d’allonger la voyelle voisine. Entre deux voyelles, gardez le resserrement. En fin de mot, terminez sur le resserrement au lieu de laisser la voyelle s’éteindre.
Dans l’arabe écrit en lettres latines sur les messageries, vous verrez le ع noté par le chiffre 3, qui ressemble à la lettre vue dans un miroir. C’est un usage familier ; les livres translittèrent ʿ.
ع entre deux voyelles : sā-ʿa-. Ne fondez pas les deux a en un seul long ā.
Un mot court qui repose sur le ع : ma-ʿa.
Se termine par ع, écrit ici comme on le dit à la pause (la forme complète est شَارِعٌ) : finissez sur le son resserré et voisé.